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mercredi 12 juillet 2017

culture pour les crétins



       Chaque fois que je lis l'un de ces livres de "popular science" qui se publient aux US ou des articles de journaux, je m'irrite que quand on cite des noms comme Kant, Spinoza, Hegel ou même Platon on éprouve le besoin de les appeler "philosopher Kant" , "philosopher Spinoza"  ou " Philosopher Marx", comme si le lecteur pouvait hésiter  entre le Kant de Königsberg et la Petra von Kant de Fassbinder, entre Baruch Spinoza et le général portugais Spinola qui présida la première république portugaise après la révolution des oeillets , ou entre Karl Marx et William Marx, et comme si ce lecteur était un tel crétin ne pouvait pas, quand il voit un nom qu'il ne connaît pas, aller simplement sur wikipédia  ou dans une bibliothèque pour voir de qui il s'agit. Mais il est vrai que si l'on cherche "Frank Ramsey" sur internet on tombe sur un basketteur, ainsi que je l'ai déjà signalé ici, et que peut être des lecteurs de l'évêque Joseph Butler ont-ils pu penser que c'était Judith Butler dont il était question ( si c'est le cas, il n'hésiteront pas lontemps) . Le pire est quand, lisant un livre sur la raison , et supposé instruit, comme celui de Mercier et Sperber ( The enigma of reason, 2017 ) les auteurs croient bon d'ajouter à Martin Luther "the religious reformer", sans doute pour qu'on ne confonde pas avec le bluesman Luther Allison, ou à Hume "the Scottish philosopher" ( peut être craignent-ils la confusion avec l'Archevêque de Canterbury Basil Hume?)  ( on notera en revanche quand il est question de Bjorn Borg les A. ne jugent pas nécessaire d'ajouter "the famous tennis man").



     La même tendance à partir du principe que le lecteur est un idiot existe dans les média français de vulgarisation, où, quand on ne prend pas, à la différence des média US le lecteur pour un total analphabète, on éprouve le besoin de mettre le prénom avec le nom. Plus d'une fois, écrivant un article pour un journal, je me suis vu infliger d'appeler Kant Emmanuel, Leibniz Gottfried Wilhelm et Descartes René, alors même qu'il s'agissait de philosophie et pas des biscuits Leibniz. Heureusement on ne m'a jamais demandé le prénom de Platon ou d'Aristote. Je peux à la rigueur comprendre que si j'use d'une expression latine, comme sit venia verbo ou même mutatis mutandis les journalistes trouvent que c'est pédant et craignent que leur lectorat ne s'éloigne de leur prose si elle requiert un minimum d'effort linguistique et culturel. Mais à force de prendre les gens pour des crétins ils vont finir par le devenir.



mercredi 5 juillet 2017

transitivité des préférences



                              « Bartali prie en pédalant. Coppi, rationaliste, cartésien, sceptique et pétri de doutes, ne croit qu'au moteur qu'on lui a confié : c'est-à-dire son corps », Malaparte 




      A priori, on devrait être cohérent dans ses choix: si l’on préfère Hector à Achille, et Racine à Corneille et Voltaire à Rousseau, Beckett à Ionesco, les Rolling Stones aux Beatles, par exemple, on devrait préférer Callas à Tebaldi, Coppi  à Bartali, et Poulidor à Anquetil, de même que Bardot à Sophia Loren, Buster Keaton à W.C. Fields et Hedy Lamar à Linda Darnell. De même si l’on préfère Horace à Virgile, Wagner à Verdi, la rive gauche que la rive droite,  on devrait préférer le Bourgogne au Bordeaux, Russell à Wittgenstein  et Aron à Sartre. Mais il m’est arrivé de proclamer que je choisissais le premier terme de ces oppositions qui structurent nos vies, par exemple  Parménide plutôt qu’Héraclite, Aristote plutôt que Platon, Coca que Pepsi, Ravel plutôt que Debussy, Stendhal à Balzac et de me retrouver préférer la Bretagne à la Côte d’Azur, La Sorbonne au Collège de France, Lewis à Kripke, la bavette à l’entrecôte, le bâtard à la flûte, le violon au piano, et les sardines aux maquereaux, Bibi Fricotin aux Pieds Nickelés. Serais-je incohérent dans mes choix ? Mais les psychologues du choix rationnel et de la décision ont montré depuis longtemps que nous violons régulièrement la transitivité des préférences. Cela se comprend quand nos préférences sont sentimentales ou gustatives, comme quand on aime mieux les nichons de Martine Carol que ceux de Audrey Hepburn , le Bandol rouge que le Bandol rosé, la pizza capricciosa que la pizza Vesuvio,Perrier que San Pellegrino mais quid des préférences raisonnées, celles qui engagent nos existences spirituelles profondes, telles que la raison à l’irraison, Kant à Hume, Cauchy à Gauss, les Jacobins aux Girondins, le blues au rock, Reynolds à Gainsborough, Poussin à Watteau, Goethe à Schiller, Jarry à Dada ? Que se passe-t-il si ayant adopté ces préférences je me retrouvais préférer Danton à Robespierre, Hoffmansthal  à Kraus, Little Richard à Robert Johnson, Gibbard à Parfit et Britten à Elgar ? On serait en droit de m’accuser d’incohérence, et on pourrait me faire des paris hollandais. Pire, je serais déconsidéré.Les relativistes de tout poil n'y verraient pas malice, mais moi si. Là où Barthes voyait des mythologies ( cf son commentaire de Bartali-Copi) et les sociologues des valeurs sociales, moi je vois des valeurs absolues, dures comme le roc. L'opposition Bartali/ Coppi est métaphysique. Le destin de la raison, que dis-je, du monde,  s'y joue.C'est pas affaire de sémiotique ou de sociologie. Cela veut dire que si je préfère Coppi à Bartali, je m'en tiendra là. Et que si je préfère Martine Carol à Audray Hepburn aussi. Mais cela ne remet pas en question ma préférence absolue pour Gina Lollobrigida

    

samedi 1 juillet 2017

sénilité solitaire


                                                                  Makronissos, l'ile Macron

       Je lis dans une gazette que Iorgos Zoitakis,  l'un des putschistes  du régime des colonels de 1967 et vice-roi de Grèce pendant la période, fut condamné puis gracié pour lui permettre de jouir d'une "sénilité solitaire". Sa maison devint plus tard un lupanar branché. Sans doute Zoitakis fut il interné un temps

                                                                Georgios  Zoitakis (à gauche)


dans l'île de Makronissos au sud d'Athènes, qui servit de camp de déportés pour les prisonniers politiques des colonels, tout comme le fut, une fois destitué , Papadopoulos. Cette île est, de fait, peu hospitalière, et y furent déportés quantité d'écrivains et poètes, comme Ritsos et Theodorakis.

                                                         camp à Makronissos


      La vie à Makronissos devait être tout sauf agréable. Mais qui n'a pas rêvé de jouir d'une sénilité solitaire?

"Les hommes qui ont vieilli dans le désordre pensent que quand l’heure sera venue ils pourront facilement renvoyer de jeunes grâces à leur destinée, comme on renvoie des esclaves. C’est une erreur. On ne se dégage pas à volonté des songes ; on se débat douloureusement contre un chaos où le ciel et l’enfer, la haine et l’amour se mêlent dans une confusion effroyable. Vieux voyageur alors, assis sur la borne du chemin, Rancé eût compté les étoiles en ne se fiant à aucune, attendant l’aurore, qui ne lui eut apporté que l’ennui du cœur et la difformité des jours. Aujourd’hui il n’y a plus rien de possible, car les chimères d’une existence active sont aussi démontrées que les chimères d’une existence désoccupée. Si le ciel eût mis au bras de Rancé les fantômes de sa jeunesse, il se fût tôt fatigué de marcher avec des Larves. Pour un homme comme lui il n’y avait que le froc ; le froc reçoit les confidences et les garde ; l’orgueil des années défend ensuite de trahir le secret, et la tombe le continue. Pour peu qu’on ait vécu, on a vu passer bien des morts emportant leurs illusions. Heureux celui dont la vie est tombée en fleurs ! élégances de l’expression d’un poète qui est femme." ( Vie de Rancé , Bossard, Paris, 1920, préface de Julien Benda)

                                                        

                                                                    Rancé

lundi 26 juin 2017

DOLCE VITA POST S****

                                                           Dolce vita intellectuelle



     Autrefois, quand on montrait une femme nue dans un magazine, on cachait son visage ou ses seins avec un rectangle noir. Dans Le rouge et le noir, Stendhal désigne la ville où ont lieu les aventures de Julien Sorel avec Madame de Rénal par un nom imaginaire, Verrières. Comme il y a quelque chose d’obscène (intellectuellement)  et de dangereux (en raison des représailles et procès en diffamation toujours possibles) à évoquer ouvertement certains noms, propres et communs, j’ai choisi ici d’anonymiser en écrivant les initiales des noms suivis d’étoiles.  Cela donne une allure un peu dolce vita à ce compte rendu. 


       Que reste-t-il, vingt ans après, du canular de S**** et des discussions qui ont suivi le florilège de non-s**s et d’impostures intellect****s qu’il avait composé avec B******? En un sens, pas grand-chose. On aurait pu penser que l‘affaire S**** aurait porté  un coup d’arrêt à l’obscur*****e de toute une partie de la production en critique littéraire, en philosophie et en sciences sociales, et que les droits de la r***, du s***** et de l’éth*** intell**** auraient pu, sinon être rétablis du moins à nouveau respectés. Mais les penseurs post******s que  le canular visait, et qui n’ont vu dans celui-ci qu’une manifestation de scientisme vulgaire, ont continué à prospérer : D****, D******, K*******, L*****, S*****et autres gloires de la pensée ch** française sont toujours honorés et lus avec ferveur. La French T**** a certes vécu, et le cons*****e en philosophie des sciences ne fait plus recette, mais des idéologues dogmatiques comme B***** et Z****** tiennent toujours le haut du pavé en France comme ailleurs. La pensée glissante et chatoyante d’un L*****, l’une des principales cibles de S****, n’a rien perdu de son pouvoir de séduction.  Pire : le journalisme pseudo-philosophique, qui pense par analogies et qui ne vit que d’actualité et de sociologie rapide, a assis son emprise sur le monde des media et de l’édition. La meilleure preuve que rien n’a changé est la récente vague de discussions autour de la « post-***** » qui a agité le monde politique mondial. On s’est étonné que T***** et ses amis aient déclaré qu’il n’y a pas de f**ts, mais juste des interprétations, ou que la v**** est juste une notion idéologique. Mais très peu de gens choqués par ce cynisme ont remarqué que ces idées étaient celles-là même que promouvaient les post-m*****, les « pr****tistes » à la manière de R*******et les penseurs radicaux comme F******, que visait déjà S****. Pire encore : récemment des  charlatans comme le sociologue M***** et  le philosophe B*******  ont eux-mêmes été victimes de canulars semblables à celui de S****, des revues à leur gloire ayant accepté des articles bidon inspirés par leurs vues fumeuses, sans pourtant que ces scandales int*****s aient vraiment écorné leur réputation.
     Tout ceci pourrait inspirer un diagnostic pessimiste : les pouvoirs de la r****, l’éth*** de la sobriété et de la décence seront toujours minoritaires, et le monde de l’int**** n’est jamais à l’abri des vagues successives d’irrationalisme qui alimentent la pensée romantique et religieuse, et en définitive le fas***me rampant que la puissante emprise des medias et d’internet ont à présent sur les esprits. Le plus triste est encore de voir que cet ant****sme a atteint même les intellectuels, qui ont perdu le sens de la critique en la caricaturant, et qu’il y a même des penseurs pour nous dire que la r**** n’aura jamais de pouvoir sur les esprits et que  les faits ne nous feront jamais changer d’avis. Alors, comment résister ? D’abord en reconstituant l’université, qui a perdu son monopole, et le système de l’expertise scientifique. Ensuite en dénonçant une véritable n*******tura qui a la main sur le monde de l’*******et des medias, et fait peser la censure sur quiconque dénonce ces pratiques. Enfin, en organisant partout où c’est possible une résistance à l’obs*****e, sans craindre d’apparaître m***liste dans tous les domaines de la vie de l’es***t.



mardi 20 juin 2017

Alciphron olympien





     L’une des curiosités de la récente élection présidentielle française  est que trois candidats au moins se sont revendiqués amateurs de philosophie et même philosophes. Jean-Luc Mélenchon, dont la profondeur philosophique et l’amour de la sagesse avaient jusque-là échappé  aux observateurs,  adopté la lettre « phi » comme symbole de sa campagne, et on a appris qu’il aurait été inspiré par la philosophe Chantal Mouffe. Benoît Hamon a choisi une philosophe, Sandra Laugier, pour diriger son « Forum idées». Comme Régis Debray avec Mitterrand, puis BHL avec la campagne de Lybie, on mesurera les philosophes conseillers du prince à leurs résultats.  Un philosophe a ete invite a commenter les resultats electoraux sur une grande chaine publique a 20 h. Mais la palme revient à Emmanuel Macron, qui n’est pas un philosophe conseiller du prince, mais Prince lui-même. Lui au moins a des résultats! Non seulement il a gagné politiquement, mais il a souvent présenté sa démarche politique comme le résultat d’une éducation philosophique acquise auprès des meilleurs maîtres, et les gazettes ne se lassent pas de nous le rappeler : d’abord Etienne Balibar, puis Paul Ricoeur. Mazette. Le second se retourne peut être d’aise dans sa tombe, mais le premier a fait savoir qu’il ne se souvenait plus du mémoire de l’étudiant à Nanterre  pourtant décrit par tous comme hyper-brillant et charismatique dès ses années de lycée. Mais plusieurs choses font tiquer dans ce parcours et dans les déclarations du philosophe devenu président. Tout d’abord, on notera que s’il y a une certaine continuité entre un mémoire de maîtrise sur Machiavel et un mémoire de DEA sur la philosophie du droit de Hegel, la conversion du futur président  à la philosophie de Ricoeur  va dans un sens assez différent. Hegel soutenait que la raison s’incarne dans l’histoire, qu’il voyait passer à cheval sous la figure de Napoléon. Machiavel prônait le réalisme et la vertu en politique. Ricoeur n’est pas vraiment hégelien ni machiavélien (au sens de Claude Lefort, le meilleur lecteur du florentin). La philosophie pratique de Ricoeur est fondamentalement aristotélicienne, axée sur le jugement pratique. Macron ne manque pas de phronèsis ni de sens du kairos et l’a prouvé. Mais on ne peut pas demander à un homme d’action la cohérence qu’on est en droit d’exiger d’un philosophe. En revanche quand il s’exprime comme tel, comme il le fait dans un entretien au journal Le 1 (64, juillet 2015)  on peut lui demander des comptes.

« Faut-il pour autant faire le deuil de la vérité en politique ?
-        -    Non, car la vérité est toujours une quête, un travail de recherche, et c’est fondamental. C’est ce qui permet à la politique délibérative d’échapper au nihilisme et à toute forme de cynisme. Cela revient à dire que la vérité unique, avec la violence qu’elle implique, n’est pas une voie de sortie. Mais il y a des recherches de vérité et, justement, une forme de délibération permanente que vient contrarier la prise de décision.
-          Toute la difficulté du politique aujourd’hui réside dans ce paradoxe entre la demande permanente de délibération, qui s’inscrit dans un temps long, et l’urgence de la décision. La seule façon de s’en sortir consiste à articuler une très grande transparence horizontale, nécessaire à la délibération, et à recourir à des rapports plus verticaux, nécessaires à la décision. Sinon, c’est soit l’autoritarisme, soit l’inaction politique."

Voilà des mots forts. Mais notre philosophe ajoute : 
-         "  Je pense que l’action politique ne peut pas se construire dans une vérité unique ni dans une espèce de relativisme absolu, qui est une tendance de l’époque. Or ce n’est pas vrai. Il y a des vérités, des contrevérités, il y a des choses que l’on peut remettre en cause. Toutes les idées ne se valent pas !" 

                  Autrement dit, si je comprends bien : d’un côté il n’y a pas de vérité unique dans l’action politique, mais on doit faire comme s’il y en avait une, car on la recherche, et on voit mal comment on pourrait rechercher plusieurs vérités sans se contredire.  Mais il y a "des recherches de vérité".  Des recherches de la vérité unique ? ou des recherches plurielles de vérités plurielles ? On ne peut pas être relativiste, nous dit-on, donc la vérité est une.  Mais elle est en même temps multiple. Voilà pour l’horizontal, la position couchée. D’un autre côté la vérité dans l’action exige de ne pas s’en tenir à une seule vérité, et à être prêt à ce que plusieurs émergent dans la délibération. Donc la vérité est plurielle. Mais on doit aussi être vertical. Donc là la vérité est une. Vous me suivez? Donc dans la position debout, dans l’action, on doit se permettre l’autorité, et imposer sa vérité d’en haut. Tout en sachant qu'elle n'est pas unique. Mais qu’ y a –t -il là de plus que du pragmatisme, au sens vulgaire, c’est à dire  de l’opportunisme ? J‘ai des principes, mais s’il faut y renoncer, j’y renonce. Ils me tiennent, mais je les tiens aussi. Je veux bien que ce soit le credo du politique. Mais c’est gribouille philosophe. 

              Le futur président n'est peut être pas responsable de ces confusions. Son maître n'était pas clair non plus. EM pensait peut-être , en répondant à ces questions, au texte fameux de Ricoeur "Morale, éthique et politique" (Esprit 1993) dans lequel le valencien définit la relation entre morale et politique au moyen d 'un terme  moyen  ou d'une médiation hgelienne, l'éthique. L'éthique est , entre la morale et ses impératifs catégoriques et la politique et ses impératifs hypothétiques, la dimension de l'individuel, de la narrativité, la recherche du bien vivre et non pas celle de l'obéissance aux normes . C'est à ce niveau que se situe le raisonnement pratique,  qui permet l'exercice du jugement. Selon Ricoeur la médiation se passe au niveau de la politique, qui effectue la justice dans la cité, parce que le sujet n'est jamais seul, il est une personne avec les autres. Ricoeur n'ignore pas, nous dit-il, le rôle de la norme, c'est-à-dire des principes de la justice. Mais il semble dans ce texte, contre Rawls , prendre parti pour Walzer, et ses "sphères de justice" autonomes. On arrive mal à voir comment il est possible de maintenir des principes universels de justice dans un tel système relativiste. Le vocabulaire de Ricoeur est celui que reprendra Marcon, quand il oppose la dimension "verticale" de l'autorité à la dimension  "horizontale" du "vivre ensemble.

           Toute cette opposition ricoeurienne entre éthique et morale,  qui semble être partout assumée de nos jours, est confuse. Elle revient à un rejet de la norme ( et de la notion de justice), et à une forme de relativisme.


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